La chevauchée d’amour, de perte et de nostalgie de Julian Alaphilippe

La chevauchée d’amour, de perte et de nostalgie de Julian Alaphilippe


Dans la montée jusqu’à l’arrivée à Landerneau, la jambe encrée par des plateaux et ensanglantée par une chute précédente, Julian Alaphilippe s’est retiré du sillage d’un coéquipier et a pris son envol.

Comme c’est si souvent le cas lorsque le Français s’en va, il y avait une certaine fatalité. Deceuninck-QuickStep l’avait énoncé, en paroles et en actes, se massant à l’avant du peloton alors qu’il contournait le virage à gauche à 3 km de l’arrivée. La pression a augmenté comme un océan qui se retire pour une vague. La course s’étirait en une longue file.

Et puis, Alaphilippe était parti.

Alaphilippe en vol en route pour le premier maillot jaune du Tour de France 2021.

La dernière fois que Julian Alaphilippe a gagné au Tour de France, à l’autre bout du pays sur les routes ensoleillées de Nice, il était course avec un coeur brisé. Son père, musicien comme son fils, venait de mourir des suites d’une longue maladie. Alaphilippe s’était promis qu’il gagnerait pour son père, et encore une fois, il y avait une sorte d’inévitabilité à l’issue.

Et là, la star française était assise dans le caniveau à Nice, la tête dans les mains, l’émotion se déversant de lui comme la vague qui s’écrase sur le rivage. “C’est pour toi papa”, a-t-il tweeté ce soir-là. “Tu me manques tellement.”

Alaphilippe après sa victoire émouvante au Tour de France 2020, il y a près d’un an.

Beaucoup de choses peuvent changer en un an, même si la douleur de la perte d’un être cher ne disparaît jamais vraiment. Aujourd’hui au Tour, Alaphilippe a encore gagné, portant des arcs-en-ciel, pas du bleu et du blanc. Et alors qu’il franchissait la ligne, il roulait pour la famille, mais incarnant un changement de génération.

L’année dernière, il était un fils pleurant son père. Cette année, il était un nouveau papa, son fils lui manquait.

Il y a moins de deux semaines, Alaphilippe et sa compagne, l’ancienne commentatrice professionnelle et télé française Marion Rousse, ont mis au monde leur premier enfant Nino. Alaphilippe avait quitté le Tour de Suisse tôt pour assister à la naissance et s’est retiré des Jeux olympiques avec un parcours qui lui convenait de passer du temps à la maison.

“Je t’aime tellement”, a-t-il écrit à propos de son fils sur Instagram, à côté d’une photo en noir et blanc de sa main et de celle de Marion, et de la petite main ridée parfaite de Nino.

Quand vous êtes Julian Alaphilippe et que le Tour de France est en marche, cependant, il y a des choses qu’on attend de vous – la participation au moindre d’entre eux. Au moment où Alaphilippe reviendra du Tour, il aura été absent pendant plus de la vie de Nino qu’il ne l’a été.

On en sent le poids dans sa célébration, son élan d’émotion à Landerneau.

La douleur de l’année dernière et de cette année coexiste chez Julian le fils et Julian le père, un sentiment irremplaçable que la langue anglaise n’a pas de mot pour mais ce que les Portugais appellent « saudade“.

Alors que Julian Alaphilippe se rapprochait de la ligne d’arrivée hier, il a levé son pouce vers sa bouche, le tétant brièvement en hommage à Nino.

Et puis il a franchi la ligne d’arrivée vers un autre maillot jaune et un autre poids impossible d’attentes de la foule à domicile, à la fois présent et à un million de kilomètres de là.

Il était Julian Alaphilippe, l’une des plus grandes superstars du cyclisme, faisant ce que son équipe et son pays ont besoin de lui en ce moment. Il y avait un script à suivre ; il connaît ses répliques après toutes ces années, et il a réalisé une autre performance sans faute.

Mais il n’était aussi qu’un père auquel son fils manquait et un fils auquel son père manquait, un ouroboros personnifié d’amour, de perte et de nostalgie.





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